Bulletin de liaison de la Fraternité des Prisons
"Le Bon Larron" - n° 21 - Mai 2003
Editorial
16 commissions pour mieux servir la Fraternité
Des lecteurs s'expriment sur...la réinsertion
Adieu à Monseigneur Renaudin, évêque des prisons
Notre week-end "Avance au large"
Quelques commentaires
Enseignement : "Quel esprit doit animer un visiteur de prison ?"
Témoignage : La prison, et après ...
Témoignage : par Jacky van Thuyne
Témoignage : Toi, tu es un vitrail magnifique ...
Informations pratiques
Editorial
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du père Jacques Destelle (conseiller spirituel)
Ceux qui sont pauvres et faibles peuvent-ils se lancer sur le chemin de la sainteté ?
Les témoignages émouvants que nous avons entendus tout au long du week-end de janvier, de la part d'ex détenus, de visiteurs, correspondants ou anciens aumôniers nous renforcent dans notre conviction que la sainteté n'est pas la seule recherche d'une perfection humaine centrée sur nos efforts ou notre générosité.
L'Evangile est possible à vivre par les blessés de la vie, les faibles, les alcooliques, les drogués et dépendants de toutes sortes, tous ceux qui souffrent de leur misère, et qui luttent malgré tout.
Oui, beaucoup de blessés de la vie, beaucoup de pauvres descendent avec le Christ dans son agonie, dans sa déréliction. Sans trop le savoir, ils traversent les jours pénibles et les nuits du dépouillement.
Il faut changer notre manière d'envisager la sainteté. On imagine une montée, une progression continuelle, ascension vers des sommets de spiritualité à partir de nos efforts, de notre générosité, de notre volonté. Le Christ nous propose une sainteté accueillie dans notre pauvreté.
" Celui qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé " (Luc 14, 11).
Le paradoxe de l'Evangile, c'est que le vrai cheminement spirituel du chrétien est de descendre pour monter vers Dieu. C'est toujours en bas, au cur de nos faiblesses, que Dieu nous attend. On se trompe d'échelle. L'échelle de la sainteté est à l'envers de celle que l'on imagine : elle est tournée vers le bas, elle descend toujours plus profondément dans les abîmes du rien, de la petitesse. Il nous faut renoncer à une image idéalisée de la Sainteté.
Il nous faut accepter de devenir pauvre, petit, faible, désarmé. Aussi longtemps que nous nous figurons capables de quelque chose par nous-mêmes dans l'ordre de la grâce, nous ne savons pas encore ce qu'est la sainteté. Le vrai saint, 'le juste', c'est le pauvre dépossédé de tout qui reconnaît sa misère, ses limites, et qui crie, du bas de l'échelle, du fond de sa fosse : " Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, prends pitié de moi, pêcheur ! ". Il nous faut descendre au cur de la nuit de notre néant, pour que, vides et appauvris, nous commencions à crier comme un pauvre.
Dans cette nuit, nous découvrons avec une clarté plus vive l'abîme de notre misère. C'est le long combat entre le désespoir et l'espérance. Le Malin nous murmure que notre vie est sans valeur, que tout ce que nous avons fait ne vaut rien. Au moment où tout s'écroule, nous devons vraiment tomber à genoux. Il nous faut redevenir enfant et reconnaître notre misère.Pour recevoir la Sainteté, comme le Bon Larron l'a reçue, gratuitement sur la croix, il nous faut descendre, et perdre, une à une, toutes nos illusions de succès spirituels obtenus par nos propres forces. Il nous faut faire l'expérience que nos efforts, notre générosité naturelle sont comme la maison construite sur du sable et ce que l'on croyait être notre " perfection " s'écroule un jour ! Il nous faut passer comme par un tunnel sombre qui est le'chemin de l'imperfection'. Ce chemin, qui n'est pas facile, n'est ouvert qu'à ceux qui se reconnaissent blessés, pauvres d'amour, souffrant de leur faiblesse, de leur misère et aspirant à la sainteté. Ce chemin nous réduit à n'attendre plus rien de soi, et à n'espérer que de Dieu.
C'est dans nos pauvretés que Dieu commence à agir. Il nous demande que nous désirions la vraie sainteté qui est sa Miséricorde qui s'offre à notre misère.Ce n'est pas parce que nous sommes blessés que nous acceptons de le reconnaître : c'est toute la différence entre le bon larron et l'autre, qui ne reconnaît pas ce qu'il a fait et veut continuer sa vie de bandit de grand chemin.
16 commissions pour mieux servir la FraternitéPrenant conscience de la nécessité de décentraliser et d'associer au développement de l'oeuvre un grand nombre de personnes, en se basant sur le principe de la subsidiarité, le Conseil du 2 février a décidé la constitution de 16 commissions.
Chaque commission doit comprendre au moins un responsable, aidé si possible d'au moins deux adjoints. Nous lançons donc un appel aux bonnes volontés à s'investir concrètement dans la Fraternité, selon leurs goûts et leurs aspirations.
Comment reconnaître nos capacités ? Plaçons-nous sous le regard du Seigneur, demandons à l'Esprit Saint de nous aider à faire l'inventaire de nos talents : quelle nouvelle chance de découvrir toutes ces richesses que nous
possédons en nous, et qui, si elles ne sont pas exploitées au service des autres, se dessèchent et meurent !Voici la liste des commissions : Secrétariat, Finances, Bulletin, Correspondants et Visiteurs, Groupes de prières, Régions, Témoignages, Week-ends, Accueil des sortants de prison, Réinsertion, Formation, Bureautique, Communication, Fraternité internationale des Prisons, Actions Jeunes, Accueil des nouveaux bénévoles.
Merci d'avance de prendre contact avec Jacqueline Jilliot pour lui faire part de vos souhaits en matière de participation et d'engagement ! N'oublions pas que c'est en nous impliquant toujours plus dans la vie de la Fraternité que nous en recevrons plus de grâces, tant pour nous-mêmes que pour ceux que nous voulons servir !
Des lecteurs s'expriment sur la réinsertion
- Il y a quelques mois, j'avais émis le vu d'une commission destinée à aider les détenus à trouver un emploi à leur libération, ou, s'ils sont encore incarcérés, trouver un job leur permettant d'envisager une libération conditionnelle Un grand nombre de membres de la Fraternité sont encore en activité dans les domaines professionnels les plus variés. Ces membres ne pourraient-ils pas s'efforcer, à travers leurs propres relations ou celles de leurs proches, de proposer du travail aux détenus ? Il ne serait pas question de court-circuiter les services sociaux des prisons, mais de travailler en collaboration avec eux. Il s'agit là d'une attitude de charité chrétienne, qui ne pourrait que faire grandir la Fraternité et chacun des membres qui s'y impliquerait !
Patrick- Pour mettre sur pied un projet professionnel, qui consisterait à livrer leurs desserts à des restaurants du Nord-est de Paris, Dominique avait besoin d'une camionnette frigorifique. N'ayant pas les fonds, il est allé chercher des micro prêts auprès des seuls qui acceptaient de les faire, les cartes bancaires des hypermarchés. L'idée de Dominique est que nous, Bon Larron, qui connaissons un certain nombre d'ex détenus, en recherche, eux aussi, d'un petit projet valable pour redémarrer, puissions encadrer et cautionner de telles démarches, leur permettre d'obtenir ces prêts dans de meilleures conditions.
Ceci est fait sur une grande échelle et avec beaucoup de succès en Inde et mériterait d'être sérieusement étudié chez nous, pour nos amis ex détenus.- Nous ne sommes pas dignes de nous compter parmi les disciples du Christ si nous n'allons pas jusqu'à nous investir. Avec Patrick, je crois que le Bon Larron sera fidèle à l'Evangile, et au Père AUBRY, dans la mesure où ses membres joindront l'action à la prière ! Si le détenu n'est pas soutenu, s'il n'a pas un milieu porteur, il ne pourra pas tenir le coup devant les montagnes qu'il doit franchir pour prendre sa juste place dans la société. Je crois aux petites unités de vie qui donneront les premiers éléments, qui permettront aux personnes de vivre en milieu fraternel pour repartir du bon pied. J'avance dans ce sens mais " je rame " dur et ceci depuis des années ! Je confie cette intention à votre prière, pour que ce lieu voie le jour cette année.
Sur Jeanne FrançoiseLe sujet est immense, nos moyens bien faibles ; mais, en retroussant nos manches, et en priant tous, nous pouvons avancer !
Adieu à Monseigneur Renaudin, évêque des Prisons,
" Quand j'ai appris ta disparition, je fus bouleversé, et j'ai eu du chagrin.
je me souviens de tes visites dans ma cellule - Alors, autour d'une tasse de thé, nous discutions longuement.
Avec les détenus, tu savais avoir les bons mots.
Tu comprenais ce que voulaient dire les gars au-delà de leurs mots, leurs désespoirs.
Avec toi, j'ai perçu, j'ai compris qu'il pouvait y avoir d'autres vies possibles
Tu m'as rendu un avenir.
D'écriture de textes en discussions, tu m'as offert le plus beau des cadeaux, tu m'as rendu à moi-même.
Alors, tu comprends, pour moi, tu seras toujours là, ta trace est indélébile. "
Alain, détenu qui avait bien connu Mgr Renaudin, alors aumônier de la santé." Quand un tel frére, un tel père, un tel évêque part ainsi, il v a tant de choses à dire au Seigneur... Et d'abord, merci ! "
Ce beau Week-end a fait prendre conscience à beaucoup, surtout parmi les membres récents, de la beauté d'appartenir à une Fraternité, une grande famille belle et variée, dont Dieu est le Père !
Il n'est pas possible de recréer, en quelques pages la richesse de ce qui s'y est vécu, notamment au niveau des carrefours et des échanges entre les participants Nous reprenons ci-dessous quelques réflexions recueillies à l'issue du week-end, quelques extraits des témoignages et de l'enseignement du père Pierre Marie.
Vous pouvez commander à Auffargis une vidéocassette, et trois cassettes audio enregistrées au cours du week-end (voir les informations pratiques) ; vous pouvez aussi vous procurer en écrivant au site Internet le texte intégral de la plupart des interventions .
" Dominique, juste un petit mot pour vous remercier pour ce week-end exceptionnel du Bon Larron. Tout était très réussi. Tout cela est de bon augure pour le second souffle de notre association après le départ du Père et dans la continuation de son esprit. J'ai beaucoup apprécié les chants des Béatitudes, toujours pleins de dynamisme et d'espérance. J'ai aussi beaucoup apprécié le témoignage de Père d'Ourscamps, le témoignage de Jacky et l'enseignement sur l'occultisme. etc.. Union d'espérance Cordialement merci " Guillaume
" Ce fut pour moi aussi un temps de grâce fabuleux. " X
"BRAVO A TOUS stop WEEK-END REMARQUABLE stop FÉLICITATIONS stop GÉNIAL stop SUPER GÉNIAL ..." Florence
" Mon impression après ce WE Bon Larron : j'en éprouve une grande joie en constatant le nombre de personnes qui sont venues, la cohésion dans l'équipe de préparation et le travail fourni, l'amour fraternel où l'on baignait, toutes personnes confondues, le rythme et l'enchaînement des interventions, toutes de grande qualité, le support par l'animation des chants et de la louange, de grande qualité et la merveille de toutes ces rencontres providentielles ! " Jacqueline
" Il semble que ces deux jours nous ont fait mesurer la beauté de vivre en Fraternité. Il semble que cette forme de vie soit ce que le Seigneur désire pour relever les coeurs blessés - et qu'elle devrait être développée, de façon à ce que tous les membres, même ceux qui ne peuvent venir au Chesnay, puissent s'en sentir solidaires, portés et enrichis, de façon à accroître la perception de l'amour du Christ dans toutes les prisons. " Béatrice
En bref, il est important que tous ceux qui le peuvent participent à ces rassemblements de notre Fraternité ! A noter : le prochain sera notre pèlerinage annuel à Chartres, les 27 et 28 septembre prochain ! (Voir les informations pratiques)
PARMI LES ENSEIGNEMENTS ...
Quel esprit doit animer un visiteur de prison ?
par le Père Pierre-Marie, prieur de l'abbaye Notre-Dame d'OurscampComment comprendre l'intériorité des détenus pour petit à petit arriver à leur cur ? Tout d'abord, c'est un privilège de pouvoir visiter nos frères qui sont en prison, parce que nous allons faire une expérience de Dieu. D'abord se dire, ce n'est pas tellement moi qui rend service au Seigneur, mais c'est un événement dans ma vie à la fois qui me bouleverse, et qui me fait comprendre combien l'amour du Seigneur est là, présent.
Cette expérience nous fait toucher le Ciel de la main. Comment peut-on toucher le Ciel de la main, quand on est en enfer ? Ca peut paraître contradictoire, et ça l'est, mais le Christianisme n'est-il pas un grand paradoxe ? Toucher le Ciel de la main, c'est répondre à un appel que le Seigneur nous adresse lorsqu'Il nous invite à aller visiter nos frères qui sont dans les prisons. Si l'on croit que c'est quelque chose de simplement humain qui nous a amenés dans cette Fraternité du Bon Larron, on passe à côté de quelque chose d'essentiel. Quand vient le moment où on a envie de baisser les bras, parce que toute la prison n'est pas entrain de lever les mains vers le Seigneur, parce qu'il y en a beaucoup qui s'en fichent pas mal, qu'il y en a qui pensent à autre chose, qu'il y a des échecs Si l'on n'a pas cette conviction intérieure que c'est par appel de Dieu que nous sommes là, on ne tient pas le coup ! Il nous faut voir ce chemin comme un réel chemin de croissance spirituelle : dans l'apparence de la pauvreté, de l'absurde, porter son regard plus loin pour y découvrir le mystère de Dieu. D'une certaine manière, la prison résume notre société et les grandes questions de la vie : ou ma vie est absurde, ou ma vie est un mystère. Pourquoi suis-je là ? Pourquoi le mal ? Pourquoi l'impuissance ?
Pourquoi l'importance de la Mystique - la capacité de vivre du mystère - ? Il y a quelque chose dans la prison qui est caché : cette terre est sacrée ! Cette terre est habitée par le Christ, le Christ prisonnier, et par Marie, mère d'un prisonnier.
Quel chemin intérieur, enraciné dans la prière, quel chemin du regard, parce que la Foi est d'abord un chemin du regard, le Seigneur me demande de faire pour rejoindre l'autre en ce qu'il a de plus sacré, c'est-à-dire la présence de Dieu ! Parce que aimer les gens qui souffrent, ce n'est pas toujours facile, mais aimer les gens qui font souffrir, c'est encore plus difficile ! C'est donc une invitation pour chacun d'entre nous, nous que le Seigneur aime, alors que nous le faisons souffrir, à aller plus loin.
Rappelons-nous : on ne vient pas pour solutionner, on vient pour être un signe, pour rappeler à ceux qui croient, et à ceux qui veulent ouvrir les yeux, que le mystère est, au fond, le vrai sens de notre vie. Le Sacré est ce qui va nous permettre d'avancer plus loin ! Plus loin que les apparences qui souvent sont déroutantes, en découvrant au delà de la souffrance et de la misère la présence du Seigneur ! L'impuissance marche à nos côtés ! Là où il y avait une impasse, le Seigneur a tracé un chemin. Dans Sa Pâque, Il a pris sur Lui nos péchés et nous ne sommes plus des criminels La liberté est d'abord un état intérieur. C'est parce que je vais faire ce chemin intérieur, que celui ou celle que j'accompagne va aussi pouvoir le faire.
Aller en prison, c'est accepter de vivre de l'essentiel. Là, il n'y a pas de futilités. Il y a l'homme dans sa nudité, dans sa pauvreté, mais en même temps qui m'invite à aller chercher le mystère de Dieu. Dans la pauvreté, il y a un signe, sacrement, signe visible d'une grâce invisible.
Parce que j'ai une attitude de foi, lui-même va être amené à pouvoir faire un chemin. J'accepte de vivre en face de mon frère, en vérité, de l'essentiel. Parce que j'accepte de vivre de l'essentiel, je l'invite, lui-même, à se poser des questions. Il a eu en face de lui un regard qui est allé au-delà des apparences, jusqu'à l'intime de son cur. Un regard qui dignifie, un regard qui élève, un regard qui donne l'Espérance. Ce n'est pas facile, ce n'est pas naturel, ce n'est pas spontané !Donc, rappelons-nous : nous sommes signes de la présence de Dieu, que Dieu n'oublie pas son peuple, n'oublie pas ceux qui sont en prison, parce que lui-même a été en prison, en la personne de Jésus. Il a fait de la prison un lieu de rencontre. Le Christ a habité la famille, le travail, les rencontres, même la mort ! Tout ce que Christ a habité, il l'a transformé, il en a fait un lieu de rencontre avec Dieu.
Donc, nous replacer face à l'essentiel, je n'ai pas le droit à la futilité : il n'y a rien de banal. Vous avez certainement expérimenté cela : une parole, un mot Vous partez, mais l'autre, il reste Et ça trotte à l'intérieur ! C'est donc l'invitation à vivre profondément, pas seulement à la prison, mais au-delà de la prison, dans notre vie, prendre conscience que soit le Royaume avance, soit le Royaume recule, rien n'est banal. Rien n'est neutre.
Dans cette équipe pastorale où j'étais, il y avait une quarantaine de laïcs, beaucoup de jeunes, 20 à 25 universitaires sur une équipe de 45 personnes. Ils faisaient les visites des familles, des prisonniers, visites aussi du personnel pénitentiaire, visite des prisons elles-mêmes. La rencontre avec les prisonniers, c'était plus que tous les enseignements, toutes les conférences. C'était dire " je le fais pour Jésus ". Si j'oublie cette transcendance, petit à petit, même le niveau humain va commencer à diminuer.
Quand le prisonnier voit arriver les gens du Bon Larron, un prêtre, c'est l'expérience de Dieu qui approche. On n'a pas le droit de donner moins que Dieu à ceux qui sont en face de nous. C'est le Seigneur qui pourra les aider à vivre, et à découvrir dans l'absurde la présence du Mystère.
Rappelons-nous, chacun d'entre nous, combien le Seigneur est là, et nous invite à avoir en nous la compassion de Marie. Qu'est-ce qu'elle a fait la Vierge Marie ? Elle n'a pas fait tellement de choses : elle a été là, et le fait d'être là, jusqu'au bout, cela a une valeur, rien que la présence a une valeur.
Nous rappeler aussi, en allant en prison, que c'est la Croix que nous allons rencontrer, parce que la Croix est plantée dans chaque prison, signe de contradiction, lumière et ténèbres. Lumière pour ceux qui se sauvent, ténèbres pour ceux qui ne croient pas. Ou elle attire, parce qu'on sent là quelque chose qui nous dépasse, ou alors elle rebute. De fait, il n'y a pas abondance de personnes qui vont visiter les prisons, au contraire, ça manque ! Et pourtant, combien de fois j'ai entendu des témoignages disant " c'est à travers cette rencontre dans la prison que ma vie entière a pris un sens nouveau " .
Jésus présent dans le pauvre, dans le prisonnier, c'est d'abord Jésus qui casse les schémas. Lors d'une réunion de prière avec les prisonniers, l'un deux amène une radiocassette, et commence à mettre la musique à pleins tubes. On a beau lui expliquer que c'était une réunion de prière, peine perdue ! Il avait certainement besoin d'attention. On s'est centrés autour de lui ; ça s'est terminé en quenouille. Ce n'est pas forcément mauvais, parce qu'il ne faut pas raisonner en échec ou en succès. On est d'abord là pour vivre une fécondité. Une fécondité, c'est aussi, parfois, accepter l'échec. Voir Jésus présent dans le cur du pauvre, c'est Jésus qui nous déstabilise. Moi, j'avais prévu ma petite session de catéchisme. Y en a un qui arrive avec son magnéto - et qui met le chantier ! Problème ! Mais, est-ce que ce n'est pas ça aussi le Christ ? La présence de Jésus, c'est, la présence de Jésus qui me révèle à moi-même qui je suis. De même pour les violences verbales. C'est à travers cela que le Seigneur a permis que nous puissions nous connaître et nous révéler à nous-mêmes. Cela aussi, réveille la violence qui est en nous et nous force à constater : je ne suis pas meilleur, moi aussi, je suis capable de violence. Découvrir à quel point nous sommes capables de violence, et à quel point les ténèbres peuvent nous envahir est aussi faire une expérience de Dieu. Encourager chacun, et ne pas baisser les bras. Se dire à quel point c'est une urgence pour l'Eglise - on ne le dira jamais assez - et c'est un chemin qui nous invite à vivre de l'Eternité ici-bas !
Un Petit Frère de Jésus, dans un dispensaire en Inde, nettoyait régulièrement les pieds d'un malade. Un jour le malade lui pose la question " pourquoi est-ce que tu me laves les pieds ? "
- Parce que tu es un homme.
A chaque fois, il lui reposait la question : " Pourquoi est-ce que tu me laves les pieds ? "
A chaque fois, le petit Frère répondait " Parce que tu es un homme ! "
Un jour, cet homme arrive au dispensaire, les pieds propres, et le petit Frère de Jésus, de lui dire : " Et alors ? " et l'homme de lui répondre : " Parce que je suis un homme ! ".
On posait la question à mère Térésa : " Pourquoi est-ce que vous faites ce que vous faites ? " Elle de répondre, tout simplement : " Nous le faisons pour Jésus ".
QUELQUES TEMOIGNAGESLa prison, et après
Patrick, ex détenuVous savez, le détenu, en prison, vous pouvez lui donner la douche dans la cellule, vous pouvez lui donner la télévision, un magnétoscope, le caviar Mais à l'intérieur, c'est toujours la même souffrance Alors, que faire ? Rester assis ? Se dire : bon, le service social va s'en occuper. Mais, l'assistante sociale 50 détenus Elle peut travailler !
Alors, le détenu, il attend, il attend la libération Hé, les mecs, il me reste deux mois à faire ! Hein, Daniel, on a connu ça ! Et après ? On passe à la caisse, on vous donne votre pognon, votre certificat, pour présenter à l'ASSEDIC, et après ? Et après, ben, on sort, ils vont pas nous garder ! Hop, allez, fous le camp ! Et après, on fait quoi ? Pour celui qui a une famille, encore... bon, ça va. Mais moi ? J'ai perdu mon père, j'ai perdu ma mère, j'ai perdu ma sur La famille, elle a coupé les ponts depuis longtemps. Je fais quoi, moi ? Je vais dans un foyer ? Où je vais retrouver quoi ? Je vais retrouver qui ? Des détenus ? Et quand on n'a plus de pognon, qu'est-ce qu'on fait ? On va faire un petit 'braco', on va se lancer dans la 'cam' Alors, vous voyez, les membres du Bon Larron, quand on est correspondant ou visiteur, suivre le détenu quand il est en prison, oui, mais il y a l'après prison. Si je suis là, c'est grâce aux membres du Bon Larron, Dominique, Eric , Odile, et tant d'autres, maintenant, que je découvre Le Bon Larron, ce sont des gens qui, qui ont la foi, déjà, si on n'a pas la foi, on n'a rien à foutre et on pense que.. sauver un détenu, l'aider dans sa réinsertion, c'est quelque chose d'important Il faut bien réfléchir à tout çà
Pour les gens qui viennent pour la 1ère fois, devenez correspondant, visiteur, changez votre cur ! Mais ne jetez pas la pierre. Ne la jetez pas
Jacky van Thuyne,
ancien 'dur', ex détenu,
auteur de " Je veux que tu sois mon père "- du grand banditisme à la foi - Ed. FAYARDDès l'instant que j'ai reconnu l'existence de Dieu, j'ai été envahi partout, dans tous mes membres d'une douceur infinie. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait... Il y avait comme un voile qui s'était déchiré, dans mon front, en oblique, devant, tout doucement, pas derrière, pas sur le côté. Et, d'un seul coup, j'ai eu une puissance intellectuelle
Et là, d'un seul coup, j'avais une soif d'apprendre
Avant ce voile, je ne raisonnais pas. A partir de ce voile, j'ai eu de la cohérence, du discernement, une certaine lucidité, j'étais capable de penser... J'avais du courage moral, je ne m'en rendais pas compte...
Il y avait une araignée dans la cellule, j'ai fait grimper cette araignée sur une feuille, je suis allé à la fenêtre, et j'ai soufflé sur cette araignée. Et il y a un gars qui m'a dit : " le respect de la vie t'est revenu ! "Au bout de 18 mois, tout seul, dans une cellule, je me suis mis à prier. Six mois après, j'ai plus douté de Dieu. J'ai douté de moi, je n'ai plus douté de Dieu !
Je cherchais quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Petit à petit, la présence de Dieu s'est faite Je suis obligé de dire comme Saint Paul, il y avait quelque chose qui sortait de moi, qui n'était pas moi... Je comprenais, j'étais patient, j'avais de la miséricorde, de la compassion. Je disais aux gars qu'ils ne devaient pas se révolter On a étudié la Bible.A l'infirmerie, j'ai pu commencer à vivre l'Evangile, je suis devenu un serviteur...
A Jérusalem -on était là pour une réconciliation avec tous les frères- ils m'ont dit : on met les mains sur toi, on invoque le Seigneur, et on demande ce que tu voudrais... C'était le vendredi soir. Le samedi matin, je téléphone à ma femme. Elle me dit t'as trouvé du boulot ! Le vendredi, on prie, le samedi, j'ai du boulot ! C'est comme ça que je suis devenu un directeur de foyer à ParisJe sais ce que c'est que la Miséricorde. Au pied de la Croix, le pardon inconditionnel, moi, je suis né là
J'ai dit : mon patron à moi, c'est le Bon Dieu, c'est pas toi. Il n'y a que la rencontre du Christ qui revitalise, qui régénère, il n'y a que ça.
Ce mot Réconciliation, c'est parce que quand un homme se réconcilie avec Dieu, il se réconcilie aussi avec l'enfant qui est en lui, et aussi avec les valeurs universelles.Je suis d'abord un serviteur avant d'être un témoin.
Toi, tu es un vitrail magnifique
Soeur Marie-Paule, correspondante / visiteuseAvant d'écrire, je prie toujours
Quand je l'ai vu, il était comme une loque, complètement effondré, la première chose qu'il m'a dite : tu sais, j'ai honte, et tu viens me voir ? Je lui ai répondu : il ne faut pas avoir honte. Si j'avais vécu les mêmes circonstances que toi, si j'avais la même famille que toi, eh bien, moi aussi, je serais en prison...Il a vu que je venais par amour pour lui
Je lui parlais comme si c'était mon frèreIl m'a parlé de ses victimes, il m'a dit : je voudrais qu'on prie pour mes victimes. Et je lui ai dit : Jacques, ta vie, elle n'est pas derrière toi, elle est devant
Toi, tu es comme un vitrail magnifique. Il y a une partie du vitrail qui s'est brisée. C'est cette partie brisée qui fait que tu es en prison. Ton vitrail est peut-être réparé
Maintenant, tu es en prison, parce que la justice des hommes est beaucoup plus lente que la justice de Dieu...
Comment me reconnais-tu comme çà ? - Tu ressembles aux lettres que tu écris !Il a parlé, parlé, parlé pendant 2 heures il avait besoin de parler, des tas de choses qui se vivent dans les prisons Moi, j'étais comme un puits, un puits de discrétion, un puits d'humilité, un puits de miséricorde
J'essayais de lui faire supporter le quotidiensi vous voulez lire ce témoignage en entier, cliquez ici
si vous voulez télécharger le fichier word de ce témoignage au complet, cliquez ici
Informations pratiques- PELERINAGE DE CHARTRES . 27-28 septembre 2003.
Le pèlerinage est l'un des grands moments de la vie communautaire de la Fraternité : ne le manquez surtout pas ! Renseignements : Monique Galerne : 01 34 89 99 51
- ADHESIONS, COTISATIONS, DONS :
N'oubliez pas de renvoyer votre cotisation 2003 ! Une trop grande proportion de nos membres l'ont négligée ces dernières années, alors que la Fraternité n'a d'autres ressources que votre soutien.. La diffusion de notre Bulletin de liaison, l'organisation de manifestations, l'aide aux détenus, l'extension du Bon Larron sont conditionnés par votre geste. Merci de votre générosité !
- PRIERE : Chaque semaine, 200 d'entre nous reçoivent par courriel les intentions de prières de la Fraternité, et sont ainsi en communion directe avec ce qui se vit au cur du Bon Larron. Venez nous rejoindre ! envoyez vos intentions à bonlarron@hotmail.com
- TEMOIGNAGES :
A la fois force d'Evangélisation et de prévention, les témoignages d'ex détenus continuent à connaître un grand succès. N'hésitez pas à les proposer dans vos paroisses, lycées, groupes de jeunes
- CORRESPONDEZ AVEC UN DETENU :
Envoyez votre candidature au service courrier, à Auffargis.
- NOTRE PROCHAINE ASSEMBLEE GENERALE :
se tiendra à Versailles le dimanche 19 octobre 2003. Les personnes qui veulent faire acte de candidature sont invitées à envoyer une lettre à Auffargis à l'attention du président avant le 5 septembre 2003.
- LIVRET DU PERE AUBRY :
Nous voudrions regrouper dans un livret témoignages et photos du père. Si vous avez des souvenirs, des photos, des récits à partager, nous vous remercions de bien vouloir nous les envoyer.
- DISPONIBLES A LA VENTE A AUFFARGIS :
La vidéocassette du WE 'avance au large', qui vous donnera une idée de l'atmosphère et de ce qui s'y est vécu (10 € franco) ; 3 K7 audio, comportant la plupart des enseignements et témoignages (14 € franco) ; K7 Enseignements du père Aubry ; témoignages divers (3 € franco) ; Le Guide du Correspondant et du Visiteur 'Bon Larron' 32 pages, concret et spirituel à la fois : précieux ! (3 € franco)
- GROUPES DE PRIERES :
1 prison = 1 groupe de prière. Commencez à 2 ou 3 à prier pour les détenus et intervenants de la prison voisine, une fois par mois ou plus. Le Christ, dans sa miséricorde, répand des flots de grâces. De nouveaux groupes sont entrain de démarrer, rejoignez-nous !
- PARTICIPATION AUX COMMISSIONS :
Nous remercions ceux et celles qui se sont joints à nous au cours des derniers mois ! Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux participants ! Vous appréciez l'uvre du Bon Larron, vous disposez d'un ordinateur, d'Internet, de quelques heures par semaine ? Appelez-nous ! bonlarron@hotmail.com
Directeur de la Publication : Dominique Flichy
Equipe de rédaction : Daniel Martin, Alain de Penfentenyo, Elisabeth Vassy, Béatrice K.
Editeur : La Fraternité des prisons "Le Bon Larron" - 4, rue du Pont des Murgers - 78610 - Auffargis
Tél. 01 34 84 13 08 - Fax. 01 34 84 96 08 - Site internet http://pfi2.pfi.org/nms/pffrance
Impression : Ateliers de Frileuse - 91640 - Bris-sous-Forges - Tél. 01 64 90 85 40