SOMMAIRE du Bulletin n° 31

Les bons et les mauvais larrons - Editorial de François Broustet
Quelques points du rapport moral 2007
Pour aider les détenus…
Appel à tous les adhérents : devenez correspondants

Week-end national Bon Larron, les 29 et 30 mars 2008, à la Fondation d'Auteuil, à Paris

Pélerinage Bon Larron 2008 : Montligeon - Chartres , les 11 et 12 octobre 2008

Encarts dans le Bulletin n° 31 :


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Week-end national Bon Larron
les samedis 29 et dimanche 30 mars 2008

à la Fondation d'Auteuil, rue de La Fontaine à Paris

Ce fut une nouveauté que ce week-end parisien. Avec le
développement des groupes de prière en province, un lieu de
rencontre plus central était le bienvenu. Et cela a été apprécié par les
participants. Voici quelques réflexions encourageantes qui nous ont
été faites. Ont été particulièrement remarqués : la qualité des
intervenants – qu’ils soient tous chaleureusement remerciés ! - la
beauté du lieu, surtout de la chapelle, la convivialité de
l’hébergement, qui a permis à tous ceux qui logeaient sur place de
partager d’abord un dîner chaleureux, puis un moment de prière
simple et profond et le témoignage spontané si émouvant de nos
nouveaux amis du Mans.

Quelques autres points sont à revoir, et seront rectifiés l’année prochaine : trop peu de temps accordé à nos frères ex détenus, à la louange finale…
Chantal nous dit : « Ce week-end m’a fait grandir, grâce à la qualité des interventions et à la fraternité palpable des participants. Ce fut une grande joie de vivre ensemble cette aventure. Que le Seigneur en soit béni. Alléluia ! »

Ci-dessous, vous trouverez, par ordre de leur ‘entrée en scène’, des extraits des principales interventions.

Croire que tout homme peut se remettre debout,
par Bernard Françoise, surveillant à Fresnes

« J’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi », saint Matthieu 25 : 36. C’est après quelques années d’activité que j’ai commencé à vraiment découvrir la réelle souffrance des personnes incarcérées. Dans mon métier, il faut apprendre à écouter. On a trop vite tendance à juger la personne incarcérée. Mais la vie, notre vie aussi, nous donne à réfléchir. Comment serais-je, à la place de ces personnes ?

Personnellement, je crois en l’Evangile. J’ai ainsi pu surmonter beaucoup d’angoisses. J’ai appris à voir la détresse et l’appel au secours. Souvent, pendant mon service, j’ai pensé que j’étais le mieux placé pour redonner à l’homme sa dignité. Bien sûr, dans le respect du règlement pénitentiaire… Une parole, un geste parfois, suffit pour relever un homme à terre, qui sombre dans la dépression, est écrasé par la solitude, accablé par le sentiment de culpabilité. Il suffit parfois de donner un morceau de pain en plus lors d’un repas.
Avec Jésus, osons nous engager pour plus de justice et de paix : il est extraordinaire le projet de Dieu sur nous. Pour moi, j’ai trouvé ma mission, ma participation à la construction du monde, avec les matériaux les plus humbles. La vie a un sens pour moi. L’amour est à recevoir de Dieu, c’est Lui qui nous aime le premier. Je Le recherche en toute personne, en toutes choses. Avec tous les intervenants en prison, il nous faut réaliser un front d’amour, rendre leur dignité à ceux qui sont mal aimés, exclus. Ma mission est aussi de dire la Bonne nouvelle du Christ, pour que
personne ne soit oublié. A Lui, la louange, éternellement !

PS : Bernard Françoise anime un petit groupe de Rosaire à la paroisse Saint-Paul de l’Haÿ-les-Roses, le vendredi soir à 20h30. Chaque personne doit s’y sentir la bienvenue.

Seul l'amour peut sauver
,
par le Père Jean-Marie Crespin, Communauté Saint-Jean

On m’a demandé de réfléchir avec vous sur le thème de ‘Prisonnier, mon frère’. J’ai choisi de le faire à partir de deux textes bibliques fondamentaux. Le premier, au chapitre 4 de l’Evangile de St Luc, le second, chapitre 25 de St Matthieu.
Juste avant de commencer une interprétation de ces textes, j’aimerais vous rendre attentifs au fait suivant : nous sommes tous à chercher quelle est l’attente de Dieu sur nous. Je crois que cette attente, c’est que nous soyons à notre juste place, dans notre relation à Dieu, dans nos relations avec nos frères, dans notre relation à nous même.
Dieu attend que nous soyons ajustés à Sa volonté. C’est un enjeu extrêmement important, enjeu de la paix personnelle comme de la paix de la communauté humaine.

Saint Augustin nous a donné cette définition de la paix : pax tranquilitas ordinis. Ce qui pourrait être traduit par : une personne qui est en paix est une personne qui a trouvé ce pourquoi elle est faite. On peut se tromper de but, ça s’appelle le péché. On peut aussi manquer notre cible. C’est un enjeu extrêmement important de se demander : comment vais-je pouvoir être un être de paix ?

Dans le chapitre 4 de saint Luc, Jésus lit le prophète Isaïe. Que dit Isaïe ? Libérez les captifs… les aveugles voient, les boiteux marchent. Et, si je lis saint Matthieu, qu’est-ce qui pousse Jésus à quitter Nazareth ? Sinon ces foules qui étaient dans l’attente de la consolation d’Israël. Qu’a fait Jésus ? Face à ce cri de détresse, il rentre dans sa vie publique. Ce qui attire le coeur de Dieu, c’est l’attente de consolation. L’attente de l’humanité qui se dit : il faut qu’il se passe quelque chose dans ma vie. Dans sa vie publique, Jésus commence par faire des miracles. Et, dans un de
ses miracles, il vient libérer les captifs.

J’aimerais que l’on puisse se dire : ce chemin de libération, que va-t-il amener dans ma vie? Une libération extérieure ou une libération intérieure ? La grande majorité des hommes est entrain de hurler, parce qu’en eux, il n’y a pas de correspondance entre l’extérieur et l’intérieur. Beaucoup de chrétiens vivent comme des chrétiens, mais il y a des choses qui ne sont pas en place. Accueillir cette parole du Christ, c’est d’abord l’accueillir pour soi. Reconnaître qu’en
nous il y a une distance énorme entre l’intérieur et l’extérieur. Qui d’entre nous pourrait dire qu’il n’a pas besoin d’être libéré ?

Maintenant, dans le second texte, au chapitre 25 de St Mathieu ; se ‘libérer de quoi ?’ Vous qui êtes visiteurs de prison, correspondants de détenus, membres du personnel de la prison, ce serait intéressant que vous puissiez vous interroger : de quoi le Christ libère-t-il ? J’aimerais souligner deux écueils. Le premier écueil, je l’appellerais le moralisme. Vouloir que la vie des autres soit dans les clous ! On confond le fait de bien se comporter et le mystère beaucoup plus inouï qu’est notre filiation divine. Ce n’est pas vous qui allez changer, c’est le Christ qui va vous relever. Ce qui est terrible, c’est que, bien souvent, on rentre dans une relation avec nos frères, et peut-être de façon plus particulière avec nos frères prisonniers, avec une exigence morale. On veut qu’ils changent. Mais pour qui se prend-on ? Est-ce que c’est cela la question ? Le deuxième écueil, c’est ce que j’appellerais l’écueil de la spiritualisation : on va tout mettre sur un terrain mystique. J’aimerais vous citer saint Vincent de Paul, « s’il s’en trouve parmi vous qui pensent qu’ils sont envoyés pour évangéliser les prisonniers, et non pour les soulager, pour remédier à leurs besoins spirituels, et non aux temporels, je réponds que nous devons les assister en toutes manières, faire cela c’est évangéliser, par parole et par oeuvre. Et c’est cela le plus juste ». J’aimerais insister sur cette complémentarité : que la prière ne soit pas l’argument
qui nous empêche de nous investir dans la relation à l’autre.

Le rapport que nous avons à tisser avec l’autre est un rapport qui nous engage, et qui invite notre conversion. Lorsque je suis en relation avec un autre, j’entre dans l’âpreté de la relation. Cette âpreté existe, non pas tant du fait de l’autre, mais d’abord de mon fait. Parce que je ne suis peut-être pas disponible intérieurement, je suis peut-être sur la réserve, de sorte que j’ai beaucoup de mal à rentrer dans une logique de relation.

Ce qui est impressionnant, c’est de voir que le texte de St Matthieu situe le jugement de Dieu, non pas sur notre coeur, sur notre conscience morale, mais sur notre relation aux autres. Et là, je ne peux pas ne pas entendre avec vous le grand commandement du Christ « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Quel est l’enjeu de la vie humaine ? Cet enjeu a un principe, c’est la charité. Non pas la charité comme une condescendance, la charité par
procuration : la source en est l’amour qui a été répandu dans nos coeurs. Et cet amour nous invite, radicalement, à changer. Quelqu’un qui aime acquiert des moeurs nouvelles.

Mes propos n’ont qu’un seul but, c’est de comprendre que l’amour qui vient en nous nous transforme. Cet amour, nous avons besoin de le recevoir : nous ne pouvons donner que ce que nous avons reçu. L’amour que nous avons reçu dans notre famille est un amour blessé. Parce que le péché est tapi au fond du coeur de l’homme. Cette fragilité profonde est un appel à se laisser renouveler en profondeur, à venir à la source de l’amour, pour pouvoir ensuite donner un amour
renouvelé, un amour qui fera sauter les barrières et les difficultés, qui fera que je pourrai dire en vérité ‘prisonnier, mon frère’.

J’aimerais terminer avec vous sur une parole de Maurice Zundel : « la plus grande des pauvretés, c’est de découvrir que personne n’a besoin de mon amour ». La relation fraternelle, c’est une relation qui n’implique pas celui qui sait, et celui qui ne sait pas, celui qui domine, et celui qui est dominé, celui qui aime, et celui qui n’est pas capable d’aimer. Rendre à l’autre sa dignité, c’est lui faire découvrir que j’ai besoin de son amour. Comme le disait le cardinal Urs von Balthasar, « seul, l’amour est digne de foi. »

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Marie Dreux nous présente ‘son’ Bon Larron

Ce travail, commande d’art sacré, a été pour moi à la fois un défi technique et une grande joie…

Façonnage, modelage et cuisson se sont bien déroulés…

J’en remercie le Seigneur, et le prie pour que notre saint Dismas inspire la prière des bons larrons actuels et à venir !


Frère Pascal et le Refuge Notre-Dame

Je travaille avec les détenus qui le souhaitent à un projet de réinsertion. Tous peuvent demander à venir, mais, d’abord, le prisonnier doit m’écrire, montrer qu’il est motivé. Il doit avoir déjà eu des permissions, et je reçois un rapport du travailleur social. Certains prisonniers viennent avec un bracelet électronique. Mon but est de les aider à se réinsérer. D’abord avec un hébergement, puis un travail, une formation ou un stage. J’aide les détenus aussi bien sur le plan administratif qu’au niveau relationnel. Avec eux, je pratique la confiance, l’honnêteté et la sincérité, c’est essentiel pour eux.

Comment m’est venu cet appel à travailler auprès des exclus

Originaire d’une famille d’ouvriers pratiquants de Nancy, j’ai été bouleversé dès ma jeunesse par cette parole « heureux vous les pauvres ». J’ai d’abord travaillé comme ouvrier, puis commercial, puis l’électricité et l’électronique. J’ai alors rencontré les Conférences St Vincent de Paul. Se mettre au service des plus pauvres, ça m’a parlé. J’ai rencontré des clochards, des SDF… L’évêque m’a conseillé de vivre avec les pauvres, mais je ne voyais pas comment cela pouvait se concrétiser. C’est alors que j’ai rencontré la communauté du Pain de Vie. J’ai passé avec eux la semaine Sainte 2002. Là, j’ai ressenti à la fois comme une épreuve et une interpellation. J’ai commencé à me poser la question d’une vie consacrée. Je me suis engagé le 8 décembre 2002, jour de l’Immaculée Conception. Je voulais par là répondre à l’appel de Dieu, à travers son Eglise. Je suis resté 5 ans et demie à Sommervieu. Mais je ne voulais pas faire de l’accueil pour l’accueil. Pour vraiment aider les gars, il faut un projet de réinsertion.

Des SDF aux détenus

Depuis longtemps j’étais sensible au sort des prisonniers. Autrefois j'avais un ami qui était SDF. Il s’est retrouvé en prison. Je suis devenu visiteur de prison. J’aurais pu désespérer de cet ami, mais, maintenant, ce gars là vit bien, il a une situation stable. Fin 2005, j’avais dans le coeur la parole de l’Evangile selon St Jean « pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance ». Il faut redonner à ces hommes une chaleur humaine, les aider à redevenir dignes. En prison, j’ai eu des contacts avec des membres du ‘Bon Larron’. Ça m’intéressait bien. J’ai entendu des témoignages de conversion incroyables. Je voulais que le Refuge Notre-Dame soit sous l’autorité du ‘Bon Larron’. Mgr Pican, mon évêque, a rencontré les responsables et a accepté le projet. Depuis le 1er avril, je suis salarié par le ‘Bon Larron’. Parallèlement, je me suis rapproché de la Communauté des Béatitudes, et je viens de m’engager dans « les Béatitudes de la Sainte Famille. »

Je recherche maintenant une ou deux personnes pour m’aider dans les tâches quotidiennes. Il y a 10 places dans le Refuge, et je souhaite qu’elles soient en permanence toutes occupées !
Tout ce que je vis au Refuge Notre-Dame, tout ce que je fais pour les détenus, c’est au nom de l’Evangile que je le fais. Le Refuge est un lieu de prière : nous avons la grâce d’avoir la Présence réelle de Jésus, chaque semaine, nous célébrons l’eucharistie, nous disons le Benedicite avant les repas et un Notre Père le matin. Le soir, nous prenons dix
minutes de partage dans un esprit fraternel et communautaire – mais tout se passe dans le respect des personnes et de leurs convictions. Personne n’est forcé de prier avec moi.

Fraternité des prisons \ Refuge Notre Dame, 5 chemin de Lourdes, 14100 - Lisieux
tel. : 02 31 62 17 13 - fax. : 02 31 62 17 13
mèl : frpascal1@yahoo.fr

« Arraché à l'enfer »
Témoignage de Laurent Gay (1)

Chacun travaille à la place où Dieu le met. Pour moi, je prie le Seigneur pour retourner en prison - non pas du côté des détenus, mais pour rencontrer les prisonniers et témoigner de ce que Dieu a fait dans mon coeur ! C'est aujourd'hui le dimanche de la miséricorde. La miséricorde, c'est quand t'es dans la misère et Dieu te jette une corde !
Mon papa était plutôt ‘athée pratiquant', mais je suis pas non plus un cas social. J'habitais dans le 18e arrondissement. Mes parents travaillaient tous les deux pour nous élever et on ne manquait de rien.

Simplement, moi, je manquais peut-être un peu d'affection. Vers 10 ans, quand je rentrais de l'école, il n'y avait personne à la maison et je supportais mal cette solitude. Donc j'ai appris la vie en bas de chez moi, dans la rue.

A 12 ans, je fumais du shit et puis, du fait que je ne me sentais pas bien à la maison, je me suis fait un petit personnage, comme mes potes, une petite racaille de la rue. Je suis devenu chef de bande. Ca a été très vite, on faisait les 400 coups. Pour fumer, il faut de l'argent, ça ne tombe pas comme ça. On fait des petits larcins et puis des trucs plus importants pour avoir de plus en plus d'argent. A 14 ans, l'engrenage m'a conduit à l'héroïne : j'ai commencé à me piquer. De 14 ans à 17 ans, j'avais toujours des produits à la maison, j'avais tout ce que je voulais, je pensais que j'étais libre.

Quand je me suis fait arrêter, là, j'ai compris ce qu'était la drogue. Mon corps a commencé à sentir le manque physique, quelque chose d'intolérable. Je n'ai pas été condamné, je n'ai pas été jugé mais j'ai su que j'étais un toxicomane. Ça veut dire que vous ne pouvez pas vous lever le matin si vous n'avez pas une dose dans le moteur. A 20 ans, j'ai eu la chance de partir à la campagne, dans le Sud de la France. J'avais arrêté la drogue, mais je vivais dans la débauche. Un jour j'ai rencontré une jeune fille, Florence. Elle a commencé à bouleverser mon cœur à tel point que j'ai fait des projets avec elle. Je voulais retourner sur Paris.

Le problème, dans les bandes où ça se défonce, c'est que les mecs ne supportent pas que vous vous en sortiez. C'est ce qui s'est passé. Un pote est passé avec de l'héroïne, « un truc que t'as jamais pris ». Pour l'ancien toxico que j'étais, ça n'a fait ni une ni deux, je suis retombé dedans. Je suis devenu un gros trafiquant. Je travaillais pour un des barons de la drogue. Florence a débarqué à ce moment là. Elle m'a fait choisir entre elle et la came. Quand vous êtes camé, vous ne pouvez pas choisir ; c'est impossible. Elle est restée avec moi, les 6 premiers mois, sans se piquer. Mais, un jour, c'est moi qui l'ai shootée ! Je le dis souvent, depuis que je suis chrétien : celui qui fréquente des produits comme ça, qu'ils s'appellent drogue ou alcool, il fait entrer chez lui l'esprit du mal. Et l'esprit du mal, c'est le malheur. Entre les années 1974 et 1988, j'ai perdu 50 copains des conséquences la drogue : sida, overdose, règlement de compte… c'est de cela que je veux témoigner aux jeunes. Avec Florence, on n'en pouvait plus et on s'est dit ‘on va arrêter'. C'est dur, car les dealers ne vous lâchent pas comme ça. Avec des médicaments, j'ai arrêté pendant un an. J'ai réussi à travailler. Socialement, ‘ça allait'. On voyait un peu le bout du tunnel. Depuis quelques mois, le ventre de Florence s'arrondissait, elle était enceinte, elle a été passer une échographie. Ce jour là devait être le plus beau jour de ma vie. Mais le médecin a annoncé qu'elle avait le sida, qu'elle ne pouvait pas garder cet enfant. On lui a fait une IVG. Le bébé, direction poubelle. C'était très difficile.

Et puis je me suis retrouvé à Fresnes. Une bagarre qui a mal tourné : je me suis battu avec le dealer, et il est mort. La prison, c'était pour moi l'école de la haine. A ce moment là, j'avais un poids de culpabilité énorme par rapport à Florence, et à cet enfant. J'étais englué dans ce poids de mort. Je n'ai jamais vu un toxicomane ou un drogué heureux, ça n'existe pas. Je ne supportais pas la personne que j'étais.

Le 17 février 1988, j'ai commencé, en pleine nuit, à préparer mon suicide. Dieu était inexistant dans ma vie. Mais je n'étais pas complètement athée. Alors je me suis adressé à celui qui gérait ce qui se passait en haut. Je ne savais pas si j'allais rencontrer un ami ou un ennemi. Ce que je savais c'est que mon enfer était dans ma cellule. Alors, j'ai commencé à crier, mais il était 2 heures du matin, je n'allais pas réveiller les détenus, c'était un cri intérieur, un cri tellement puissant. J'ai réveillé toute la cour céleste avec mon cri ! Et, pour la première fois de ma vie, j'ai pleuré. Au fur et à mesure que je pleurais, je voyais toute ma vie qui se déballait - Et je sentais un souffle de vie m'habiter, quelque chose d'extraordinaire,  je sentais comme un courant d'amour me remplir. Dieu donne quand on crie, c'est quelque chose de merveilleux.

Et je suis sorti. Grâce à Dieu, j'ai eu une légitime défense, je suis pas passé aux Assisses et j'ai eu un non-lieu. Mais si tu n'es pas guidé, tu as beau être appâté par Christ, excusez moi c'est comme du vent ! Il n'y a pas eu d'association pour la réinsertion. Les seuls gens que je connaissais, c'était les gens de ma cité, et là, rebelote. Florence avait été prise en main par des mecs qui l'avaient forcé à se prostituer. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je rentrais dans les églises, je me mettais à genoux devant le Seigneur en croix et je pleurais. Ma vie n'avait pas bougé et c'était même pire qu'avant, car, quand vous êtes habité par l'amour de Dieu, vous ne pouvez pas vous retrouver à faire du mal comme ça, parce que Dieu est là. Pendant 5 ans j'ai vécu ce combat intérieur. J'étais dans un autre style d'enfermement, je me suis retrouvé chez les fous - ce n'est pas mieux que la prison. A 29 ans, j'étais un vieillard, avec le sida et l'hépatite C.

Maintenant je vais vous parler d'un Dieu que vous connaissez, un Dieu de miséricorde, un Dieu rempli d'amour, un Dieu qui visite ses malades, et qui vient les guérir. Le médecin m'avait dit que je n'avais que quelques semaines à vivre. Pourtant, dans cette chambre d'hôpital, j'avais la certitude que Dieu allait accomplir pour moi sa promesse de bonheur.

C'est à ce moment-là que j'ai rencontré frère Jean Emmanuel , qui visitait les malades du sida. Je lui ai révélé ce que j'avais reçu dans mon cœur de la part de Dieu. Ce chrétien a commencé à me guider, c'était comme un ange. C'est ça que le Seigneur nous demande - d'être des instruments sur la route. Il m'a parlé de la Communauté des Béatitudes, des soins palliatifs. Normalement, il était prévu que j'y finisse ma vie. Mais ce n'était pas le plan de Dieu. Je suis arrivé là-bas et les hommes et les femmes qui m'ont accueilli, pour la première fois de ma vie, m'ont regardé avec un regard d'amour. Le même regard que le papa du ciel pose sur chacun de ses enfants. Le Seigneur a commencé par me guérir de toute drogue - ce que j'appelle une Christothérapie !

En 1999, le Seigneur m'a permis de rencontrer une femme merveilleuse, Marie-Dominique, qui allait devenir mon épouse. En général quand vous avez décidé de vous marier devant Dieu, que vous recevez ce beau sacrement du mariage, le fruit de cet amour c'est d'avoir des enfants, mais comment un séropositif peut-il avoir des enfants  ? Mon épouse a fait ce choix, qui s'appelle la sainte folie de l'amour. Elle m'a donné 2 merveilleux enfants : Raphaëlle une petite fille de 7 ans et Jérémie un petit garçon de 3 ans, tous en bonne santé !... Le Seigneur Jésus est vivant pour chacun d'entre nous. Alléluia !

(1) «  Arraché à l'enfer, la résurrection d'un toxico  », par Laurent Gay, Editions des Béatitudes

Mèl : laurent64.gay@wanadoo.fr

Quelques moments forts
de la présentation de Jean Vanier

Entré dans la Marine à 13 ans, je l'ai quittée pour suivre Jésus. Après des études, un doctorat en philosophie, j'ai commencé à vivre avec des gens qui souffraient d'un handicap. En 44 ans de vie avec ces hommes et ces femmes, j'ai appris à découvrir ce qui était blessé en moi, et ce qui est beau en moi, parce que chacun de nous, nous sommes des gens très fragiles. Cela prend du temps de découvrir ce qui est blessé, mais aussi ce qui est beau.

Pendant un temps de retraite dans une prison de ‘maximal sécurité' à Winnipeg, on m'a demandé de parler à des gens qui étaient emprisonnés à vie, pour avoir commis le meurtre. Je leur ai dit que j'avais besoin d'écouter, de les entendre- et chacun a raconté son histoire. Un grand gaillard, un indien aborigène, m'a raconté qu'il s'était trouvé devant un blanc, qui avait commencé à l'insulter, lui était énorme, et celui qui l'insultait était petit : «  je ne voulais pas le tuer  ».
J'ai écouté chacun, et, en écoutant chacun, je me suis dit, « mon histoire est différente de leur histoire ». Je suis né dans une famille, j'ai 4 frères et sœurs, j'ai été aimé, j'ai pu faire des choix ; si j'avais leur vécu, leur éducation, je ne serais pas mieux. Nous faisons partie d'une humanité extrêmement blessée. Je veux dire aujourd'hui que nous sommes tous, chacun de nous, capables de tuer quelqu'un. Tous. Et c'est important de le découvrir.

Voici une phrase de Martin Luther King, au sujet de l'esclavage : « tant qu'un groupe de gens se croit mieux et regarde l'autre avec mépris, l'histoire de l'humanité sera toujours comme ça, jusqu'au jour où chacun acceptera –et je dirai aimera – ce qui est méprisable en soi. Tant que l'on n'a pas reconnu, accepté et aimé ce qui est méprisable en soi, on méprisera toujours l'autre. Et l'humanité continuera avec les soi-disant bons et les soi-disant mauvais ». Ce qui est important, c'est d'aider chacun à découvrir qui il est, que chacun a un sens à sa vie. Quand on est très vulnérable, si l'on est aimé, protégé, entouré, on peut vivre. Mais qu'est-ce qui se passe si un enfant n'est pas voulu, n'est pas aimé  ? Il doit créer des systèmes de défense, et il devient très difficile de le rejoindre.

Je crois que nous n'avons pas tous accueilli ce qui est méprisable en nous. On rejoint là quelque chose que Jésus a dit, dans le 3 e chapitre de St Jean. C'est une rencontre avec Nicodème. La question est : pourquoi les gens n'accueillent-ils pas la lumière  ? Pourquoi n'accueillent-ils pas a lumière que Jésus apporte  ? Parce que la lumière révèle ce qui est mauvais en eux : la plus grande peur de l'être humain, c'est de se sentir coupable. Et tout le mystère de Jésus vient du fait qu'il y a en nous des ténèbres, des peurs, des angoisses. On a du mal à reconnaître qui nous sommes, que moi aussi j'ai des handicaps -chacun de nous a des handicaps- des fragilités, des peurs. La plupart du temps, le handicap se situe au niveau de la relation : il y a des gens que j'aime, et il y a des gens que je n'aime pas, des gens avec qui je suis à l'aise, et des gens dont j'ai peur. Alors, je me ferme.

Nous, êtres humains, avons beaucoup de difficultés à pardonner, à sortir de ce monde où il y a des bons et des mauvais. Le cœur du cœur du message de Jésus, c'est « aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, parlez en bien de ceux qui parlent mal de vous, priez pour ceux qui vous persécutent ». C'est extraordinaire, ces paroles. Qu'est-ce que Jésus a voulu nous dire  ? La première chose, c'est que Dieu, son Père, est tout-puissant. Et tout aimant. Notre Dieu est un Dieu de tendresse, de pardon. Tout le message de Jésus, c'est de révéler le visage du Père. La 2ème chose que Jésus vient nous révéler, c'est que tout être humain est important, que ce soit le Bon Larron, ou le Mauvais Larron, chacun est important, et chacun a une histoire. Quelquefois des histoires très belles, très extraordinaires, et d'autres qui sont terribles, terrifiantes de souffrances, d'abandon, de cruauté, de haine. Chacun, mis dans des situations particulières, peut progresser, peut changer. Ce que nous, nous pouvons faire, c'est d'aimer, avec intelligence, avec sagesse, savoir trouver la bonne distance dans la relation, comme entre chacun de nous. Quand vous visitez, vous respectez cette bonne distance, ni trop proche, ni trop loin. A travers cette bonne distance, je me soucie vraiment profondément de toi, je t'aime, parce que tu es mon frère.

Pour finir, voici l'histoire de ce petit garçon avec un handicap. C'est le jour de sa 1 ère communion. Après la liturgie, il y a une fête familiale. L'oncle du petit garçon dit à la maman : « qu'est-ce qu'elle était belle cette liturgie, la seule chose qui est triste c'est que le petit n'ait pas pu comprendre ! »  Et le petit garçon s'approche de sa maman et, avec des larmes aux yeux, dit «  t'inquiète pas, Maman, Jésus m'aime comme je suis ! »      Et c'est la même chose avec les prisonniers .
Basilique Notre-Dame de Montligeon
Pèlerinage Bon Larron 2008 :

Montligeon - Chartres
Cathédrale de Chartres

Venez prier, marcher, adorer avec nous
les samedi 11 et dimanche 12 octobre 2008

Pour ceux qui le peuvent, veillée d'ouverture et messe
à l'église de Jouars (78) le vendredi 10, de 19h45 à 22 h.

Saint Eloi guidera notre méditation .

Il avait un zèle merveilleux pour l'assistance aux captifs :
dès qu'il apprenait qu'un esclave était à vendre,
il l'achetait de ses propres deniers pour lui donner sa liberté !  

Pour tous renseignements :
01 34 89 99 51 ; 06 07 39 20 92
Mail : Secretariat-bon-larron@orange.fr

Bulletin de liaison n°31 - Juin 2008
Directeur de la Publication :
François Broustet

  Equipe de rédaction :
Daniel Martin,
Béatrice Kiener,
Elisabeth Vassy

  Editeur : Fraternité du ' Bon Larron'
4, rue du Pont des Murgers
78610- Auffargis
Tél. : 01 34 84 13 08

secretariat-bon-larron@orange.fr
Site internet : www.bonlarron.org

Impression : Ateliers de Frileuse ,
91640 - Briis-sous-Forges
Tél. : 01 64 90 85 40


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