Mot du Président

Prisonnier, mon frère ?

Déjà, aider les prisonniers, qui n’ont que ce qu’ils méritent, ce n’est pas
indispensable, mais en plus les considérer comme nos frères… ça fait beaucoup !
Et il ne manquerait plus qu’on leur fasse des prisons trois étoiles !

Voilà sans doute les réponses que l’on entendrait majoritairement si on faisait un sondage sur le thème : les prisonniers sont-ils nos frères ?

Une parole de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus nous frappe toujours : « si je n’étais pas née dans une famille chrétienne, qui sait de quoi j’aurais été capable ! »

L’homme a toujours une part de responsabilité quand il fait le mal, mais nous constatons chaque jour que l’homme sans amour, sans l’amour de sa famille, l’homme qui ne connaît pas l’amour de Dieu, va souvent se révolter à cause de ce manque, car nous sommes faits pour aimer.

Le faux consolateur, le malin, va s’occuper de l’homme sans amour.

Il va lui souffler à l’oreille : tu n’as pas été assez aimé, console-toi et venge-toi, fais souffrir tes proches, fais souffrir ta famille, fais souffrir la société, ça leur apprendra. Jouis de la vie à n’importe quel prix, sers-toi, tu y as droit. Eclate-toi… Il y a bien une petite lumière qui clignote quelque part dans l’âme, mais on passe outre, on passe à l’acte, à l’acte mauvais, et c’est souvent l’escalade.

Le résultat de cette escalade inspirée par le malin, c’est que notre frère prisonnier se retrouve souvent avec toutes les pauvretés : manque d’amour familial ou famille bancale, difficultés scolaires, haine contre la société, ennuis d’argent, liens avec l’alcool, la drogue ou le sexe,etc.
Mais la plus grande pauvreté, comme nous le disait si souvent le père Aubry, est de ne pas connaître le Dieu d’amour. Comment s’étonner de tant de suicides, un tous les trois jours dans les prisons françaises ?

Notre Dieu est un Dieu d’amour, de miséricorde et de rédemption. Si nous l’oublions, il apparaît, comme s’il n’en pouvait plus de ne pas être aimé.
Il apparaît à Paray le Monial, et dit à Marguerite-Marie (1) : «Voici ce Coeur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes.»

Il apparaît à Soeur Faustine Kowalska (1) pour dire « je veux que l’on me connaisse comme Dieu de miséricorde. »

"Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades; je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs." Marc2 ;17 Les prisonniers sont bien ces captifs, ces malades dont parle l’Evangile, pour lesquels le Christ est mort, après avoir, lui aussi, connu l’incarcération, le procès, l’erreur judiciaire, le tabassage, le châtiment suprême. Comment ne serait-il pas proche des frères prisonniers, dont il a expérimenté toutes les souffrances ?

Mais, nous-mêmes, sommes-nous si différents des prisonniers ? Nous sommes des multirécidivistes du péché, que Jésus acquitte à chaque confession… Pourtant, quels sont nos mérites ?
Si nous voyons notre propre misère, nos faiblesses, nos limites, nos péchés, nous verrons aussi avec tendresse les pauvretés du prisonnier, nous serons frères en pauvreté, nous serons pris d’un désir de charité : vouloir, le bien, le bonheur pour l’autre.
La véritable charité, l’amour profond du frère souffrant, doit être de l’aider à se reconstruire par étapes, à voir clair dans sa vie : discerner qu’il a fait le mal et causé de la souffrance, mais qu’il peut se relever, se pardonner à lui-même.

Pour l’aider, il y a les moyens employés par le monde : l’écoute, le dialogue, la psychologie. Ils sont utiles et respectables. Il y a aussi la voie royale d’accompagnement du frère en prison : la prière et l’Adoration, la correspondance.

Cette prière faite à Dieu : « Seigneur, tu ne peux pas laisser ce frère dans cet état de souffrance morale, dans cet état de haine, de tous et de lui-même, viens l’aider à voir clair en lui. Esprit Saint, viens lui montrer sa faute, la souffrance des autres, mais aussi la puissance du pardon qui lave tout. Dieu d’amour, fais connaître ta tendresse à ce pauvre frère. »

Cette démarche de prière et d’intercession, dans l’adoration confiante, est le coeur de la vocation de notre fraternité.
La misère du prisonnier doit toujours nous bouleverser, nous scandaliser, et nous déterminer à le tirer vers le bonheur vrai par la prière. Faisons à sa place la prière du Bon Larron : « Souviens-toi de moi, quand tu seras dans ton royaume. »

Le pape Benoît XVI, dans sa dernière encyclique, nous a rappelé que le salut n’est pas automatique, mais demande la volonté de l’homme, qui reste toujours libre. Notre prière peut retourner bien des âmes. Nous serons sans doute surpris au Ciel de retrouver tous ceux que notre prière bien imparfaite, et présentée à Jésus par Marie, aura contribué à sauver. Nous avons besoin de priants, de nouveaux groupes de prière et d’adoration.

Venez à notre week-end des 29 et 30 mars, approfondir ce lien de fraternité priante, qui doit nous unir aux prisonniers.

Le Père Jean-Marie Crespin, ancien aumônier de prison, et Jean Vanier, nous aideront à entrer dans ce mystère de l’amour du frère souffrant en qui l’Eglise a toujours vu le visage du Christ.

Nous serons aussi présents, cet été, à Paray le Monial, à Lisieux et au rassemblement annuel des Frères de St Jean (2). Nous y témoignerons, et espérons que l’Esprit Saint nous enverra de nouveaux larrons, qui prieront pour ceux que le père Aubry appelait ses petits frères les prisonniers.


(1) Marguerite-Marie Alacoque et Faustine Kowalska ont été canonisées.

(2) Si vous souhaitez aider aux sessions d’été auxquelles participe le Bon Larron, merci de bien vouloir remplir le coupon ci-dessous, et de le renvoyer au :
‘Secrétariat du Bon Larron’ - 4, rue du Pont des Murgers - 78610 – Auffargis


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