DOCUMENT PRATIQUE
A DONNER
A DES " ACCOMPAGNANTS "
DE CORRESPONDANTS.
- La raison d’être : Un constat :
- 1 - Les correspondants n’ont aucun contact direct avec la Fraternité des Prisons Bon Larron. Si des réunions sont proposées dans les régions, ils habitent souvent trop loin pour y venir.
- 2 - Un pourcentage important de correspondances s’arrête assez rapidement après leur démarrage. Ces arrêts sont source de déception pour le correspondant comme pour le détenu qui lui, est souvent allé d’échecs en échecs et pour lui c’est un échec de plus.
- 3 - Certaines correspondantes se retrouvent enlisées dans une correspondance où elles se sont beaucoup trop engagées affectivement avec pour conséquence des échecs ressentis douloureusement.
- 4 - Certains correspondants ne sont pas assez à l’écoute du détenu et parlent trop de leurs problèmes personnels.
- 5 - Il est bien difficile de correspondre avec des détenus très perturbés psychiquement et il est bien difficile, dans ce cas, de ne pas se décourager et de ne pas abandonner malgré la bonne volonté.
- 6 - Le manque de communication entre les personnes investies auprès d’un détenu mène parfois à des erreurs. Car le détenu est suivi par un éducateur au service social de la prison, il a parfois un visiteur ; s’il va à l’aumônerie il peut tenir un autre langage à l’aumônier. La bonne cohésion entre les différents intervenants est importante pour aider le détenu.
- 7 - Si un échange avec quelqu’un partageant la même expérience pouvait avoir lieu, nul doute que cela faciliterait les choses aux nouveaux correspondants et permettrait d’essayer de résoudre à temps ces difficultés plus ou moins importantes.
Les réponses aux questions citées plus haut :
2 – Pour éviter l’arrêt de la correspondance au démarrage :
Encourager le correspondant à écrire vite une seconde fois, s’il n’a pas obtenu de réponse dans les dix jours. Il faut parfois du temps pour " s’apprivoiser " et donner l’envie au détenu de répondre et d’engager l’échange.
Pour ce faire, il y a les questions qu’on peut poser et celles que l’on doit s’abstenir de poser. Par exemple : ne jamais demander à un détenu quel est le délit qui l’a amené en prison. ;
Un détenu livre très rarement le motif de son incarcération. Pour le correspondant, le fait de ne pas savoir lui donne la liberté d’exercer sa compassion et son amitié fraternelle sans juger ou sans être affolé par l’aveu qui pourrait lui être fait.
Eviter, dès la première lettre, de poser une foule de questions sur le quotidien du détenu à l’intérieur de la prison, pour lui tous les jours se ressemblent, il n’a souvent rien à dire là-dessus. Et puis il a subi tant d’interrogatoires que c’en serait un de plus.
Il faut savoir que les lettres du détenu et celles du correspondant sont ouvertes et lues. (A ce sujet ne sont pas acceptés les envois autres que papier à lettre ou enveloppe, tels que fleurs séchées jointes dans les lettres ou revues ; encore moins les livres ou tout colis, car le détenu n’y a pas droit)
Le CD de Montmédy m’a adressé l’avertissement suivant en mai 2000 :
" Avertissement à toute personne entrant en contact avec la population pénale :
L’article 434-35 du Code Pénal punit d’un an d’emprisonnement et 100.000 F d’amende, le fait en quelque lieu que ce soit, de remettre ou de faire parvenir à un détenu des sommes d’argent, correspondances, objets ou substances quelconques… à la diligence du parquet, des contrôles pourront être effectués notamment les jours de parloirs dans l’enceinte de l’établissement, par les services habilités (gendarmerie, douanes).
3 – Pour éviter que la correspondance prenne une autre tournure que le but fixé :
Les choses doivent être annoncées clairement dès le départ. Ex : je suis chrétien ; je suis religieux ou religieuse ; je suis marié, parent ou grands-parents.
Ne pas céder à la demande du détenu qui demande une photo. Surtout ne jamais envoyer une photo d’enfant en prison, elle pourrait faire l’objet de manipulations perverses, ou même chose plus grave, d’envoûtements, etc.…
Sachons que la prison ne contient pas que des enfants de chœur, que les détenus peuvent s’emparer d’une lettre d’un co-détenu et s’en servir.
Une raison de plus pour faire prendre un " pseudonyme " au correspondant. On peut lui conseiller de garder son prénom, car un jour ou l’autre, par distraction, il signera de son vrai prénom (sauf s’il s’appelle par exemple Philibert et qu’il habite un petit village d’où il expédiera son courrier et où il serait vite repéré) et de choisir un nom de famille qu’il peut trouver à la génération de ses grands-parents et qu’il retiendra plus facilement. Ensuite il le donnera au Courrier Bon Larron qui pourra lui confirmer au cas où un autre correspondant aurait choisi le même nom.
En règle générale, ne pas donner son nom et son adresse au détenu. Si celui-ci est dans un centre de détention, il a droit d’appeler certaines personnes au téléphone. Le correspondant ne doit pas non plus donner son numéro de téléphone, avec une recherche sur Minitel et l’annuaire inversé, on trouve très vite l’adresse de la personne. Cette recommandation est faite pour la raison citée plus haut : le numéro de téléphone peut tomber en d’autres mains et les nouvelles que l’on se passe en prison vont très vite.
On ne peut empêcher un détenu de fantasmer à propos de sa correspondante. Un bon moyen pour l’éviter : essayer de rencontrer le détenu au parloir de la prison et à partir de ce moment le courrier change totalement.
A propos des démarches à faire, cela est toujours possible dans l’anonymat, il suffit de préciser dans la demande que l’on correspond sous tel pseudonyme. Il faut savoir ensuite que si le détenu n’est pas encore jugé, la demande est à faire à propos du juge qui va s’occuper de son procès. Et dans le cas où il a déjà été jugé, c’est au directeur de la prison qu’il faut adresser une lettre.
-Se renseigner tout d’abord sur les jours et heures des parloirs-famille, car dans la lettre c’est souvent au demandeur de fixer le jour, l’heure et la durée du parloir (en général) ; il faudra spécifier que cette demande est faite en tant que correspondant. Il faudra y joindre deux photos d’identité récentes, une copie certifiée conforme recto-verso d’une pièce d’identité officielle avec photographie, qu’il faudra apporter le jour du parloir, et une enveloppe timbrée pour la réponse. Cela n’est pas toujours suffisant, le directeur de la prison pourra demander en plus un extrait du casier judiciaire (B3) que l’on se procure de la façon suivante :
Par téléphone au 02.51.89.89.51 – Casier Judiciaire National – 44079 NANTES CEDEX 1
Ou par minitel : adresse : 3615 CJN – demander un extrait B 3 (plus rapide) et c’est gratuit.
D’autre part, un prêtre visiteur à la prison de Nice m’a souvent mise en garde de la situation où se mettent parfois des femmes seules autour de l’âge de la cinquantaine qui accueillent un jeune détenu à sa sortie, qui l’hébergent provisoirement et qui ne se rendent pas compte que les problèmes vont commencer, avec une vie à remettre à l’endroit, où des habitudes ont été prises avant la prison et qui vont réapparaître.
4 – Dans son petit livre " visiter les prisonniers " Jean Delaunay écrit : " L’opiniâtreté et la patience sont la base de notre action… foi en notre mission, ferme détermination et extrême humilité : voilà ce que le Seigneur et les détenus attendent de nous ".
Guy Gilbert écrit : " à chacun sa façon de dire Dieu. Aller doux sur l’accélérateur évangélique au niveau des prisonniers. Les aimer d’abord. Et notre prière sera redoutable ".
Jean Delaunay nous présente le détenu de cette façon :
-" La diversité des prisonniers est frappante. Ce sont des hommes, donc aucun ne ressemble à l’autre.
" Les caractéristiques communes du détenu :
- Chacun d’entre eux est une personne mystérieuse et unique.
C’est dans la mesure où la correspondant va se confier que le détenu pourra lui-même se confier. Mais attention de ne pas se tromper en oubliant de l’écouter ou en lui infligeant le récit de nos problèmes personnels.
" Le détenu a un champ de sa conscience rétréci : le champ de leur conscience, c’est la capacité à penser à plusieurs choses à la fois " Il ne faudra donc pas s’étonne qu’il ne réponde pas scrupuleusement aux questions qu’on lui posera. " Il souffre aussi de déprivation événementielle : il mesure son impuissance vis-à-vis de son propre sort… il attend dans la solitude et l’angoisse. Il incombe donc aux correspondants d’essayer de l’aider à lutter contre sa destructuration et à s’organiser en vue de son avenir ".
(extrait du livre de Jean Delaunay " Visiter les prisonniers ") :
De quoi le détenu a surtout besoin ?
6 – La communication entre les divers intervenants.
Il arrive qu’un détenu raconte une version de son projet à l’éducateur du service social de la prison, une autre version à son visiteur, une autre histoire à l’aumônier et encore un autre au correspondant.
Il est donc important, pour pouvoir aider le détenu s’il le demande, de se renseigner auprès des autres personnes. Il est toujours possible de prendre contact par téléphone avec le service social de la prison, avec l’aumônier, le psychiatre, etc…
Il est même recommandé d’appeler la Maison d’Arrêt ou le Centre de détention afin de prendre des nouvelles du détenu qui n’écrit plus afin de savoir s’il est malade, en crise, ou transféré. C’est généralement le service social qui est le plus à même de répondre.
Ne pas oublier de se présenter en tant que correspondant. S’il s’agit d’une libération, elle sera confirmée par la prison. S’il s’agit d’un transfert, sa nouvelle adresse ne sera pas donnée. C’est pourquoi il est important de préciser au détenu de bien donner ses nouvelles coordonnées au cas où il serait transféré. Par contre s’il est libéré, lui proposer de continuer à écrire comme avant, à la même adresse, que le courrier suivra. Mais il faut savoir qu’il est assez rare qu’un détenu continue à écrire après sa libération, c’est même normal qu’il veuille couper avec tout ce qui se rattache à la prison.
Services : Si le détenu demande au correspondant de faire quelques démarches pour lui hors de la prison, le correspondant, avant de répondre sur ce point, prendra conseil auprès de l’accompagnant.
Argent : tout détenu a besoin d’argent pour acheter beurre, sucre, savon, papier à lettres, enveloppes, timbres, etc… Il peut solliciter le correspondant, mais il faut savoir que ce dernier n’a aucune obligation dans ce domaine. Toutefois l’envoi d’un mandat (à l’exclusion de tout autre mode de versement) à certaines occasions peut lui être utile et à ce sujet : ne pas dépasser une certaine somme (10 à 15 euros semble raisonnable) ; au-delà cela pourrait déclencher une demande automatique et sans limites.
Dans le cas d’envoi par mandat-cash inscrire l’adresse de l’expéditeur comme suit :
Courrier Bon Larron (avec l’adresse du courrier) sans autre indication de nom (car le détenue connaîtrait l’adresse du correspondant) ou de pseudonyme, ce qui embrouille les choses en cas de retour du mandat qui ne pourrait être remboursé à personne, puisque ledit pseudonyme est une fausse identité.
Voir également le message du Père AUBRY rédigé en février 1995 : " La Lettre aux correspondants " N° 11 : … correspondants, qui sommes-nous ?
FIN
( le constat fait lors de la réunion du 26 mai 2001 du Courrier de Bovet à Paris a servi à dresser en partie le constat fait en première page de ce document)